2.17 Les régimes de pension : un exemple à ne pas suivre

Après l’épopée des gilets jaunes, nous assistons maintenant à une grève générale en France.

Il est délicat pour un Luxembourgeois de commenter des évènements qui se passent dans un pays voisin qu’il croit connaître mais dont il ne côtoye pas au jour le jour les réalités sociales. Voici cependant un tel essai.

Pendant des décennies et à la suite de luttes sociales ponctuées de grèves, ont émergé en France des régimes de pension sectoriels divers, parfois basés sur des conditions de travail longtemps révolues. Ces régimes proviennent de luttes sociales ayant mené non seulement à des différences de traitement d’un régime à l’autre, parfois difficiles à justifier aujourd’hui, mais aussi à une charge financière grandissante pour l’État français, aggravant dangereusement le poids annuel de sa dette publique.

Dans le passé l’inflation et la dévaluation du franc empêchaient le poids réel de la dette publique française d’atteindre un niveau insupportable. Avec l’Euro, soustrait à toute manipulation nationale, ce subterfuge ne marche plus. On comprend dès lors la volonté du Gouvernement français de mettre de l’ordre dans la maison.

Pour le moment, que dis-je, depuis une semaine le résultat en est consternant: grève générale, activité économique ralentie, bouchons interminables sur les routes, gares d’abord vides puis, suite à une faible reprise de trafic , bondées de voyageurs non servis.

Les Français font donc grève contre les intentions de leur Gouvernement d’assainir la situation de leur État. Un Gouvernement porté au pouvoir par une large majorité dont les intentions avaient été clairement annoncées. Et ce n’est pas le Gouvernement, ce ne sont pas les ministres ou les députés dont les poches sont ainsi visées, se sont celles de l’État. Mais l’État s’est les Français qui font ainsi grève contre eux-mêmes, s’emm… mutuellement !

Parmi les grévistes il y a ceux qui craignent perdre des privilèges et, à leurs côtés, ceux dont la pension est misérable et qui voudraient enfin atteindre un minimum de qualité de vie : Intérêts opposés mais action commune contre toute velléité d’assainissement!

Mais trêve d’ironie : la situation ne manque  pas de rationalité : lorsqu’on choisit une carrière, le régime de pension auquel on aura droit fait partie des éléments de réflexion. Réduire unilatéralement et en cours de route la pension à laquelle on pensait avoir droit, revient à une rupture de contrat, à une tricherie : normal qu’on s’y oppose !

Affaire franco-française? … pas seulement.

Ce qui se passe actuellement en France devrait donner à réfléchir aux décideurs luxembourgeois qui persistent à affirmer qu’il n’est pas nécessaire de toucher à notre régime de pension contributif, que grâce à notre croissance économique en volume, on arrivera à s’en sortir encore pendant une vingtaine d’années.

L’exemple français est la preuve de la fallacité d’un tel raisonnement : on ne peut décemment augmenter les cotisations, retarder l’âge d’entrée en pension ou réduire celle-ci, qu’en introduisant ces modifications au commencement des emplois. Il faut éviter de devoir modifier une régime de pension des gens au cours de  leur carrière.

Mais “pas de soucis”!

En effet: à de très rares exceptions près,  silence  de la part de nos décideurs politiques, de l’extrême gauche à la droite conservatrice, des organisations professionnelles et de la presse, aucune pétition en vue!

Nous nous plaisons à ironiser au sujet du caractère gaulois, frondeur mais autodestructeur … et réclamons davantage de jours fériés.

Réflexions d’un vieux Luxembourgeois n’ayant rien compris!

JH, le 16 décembre 2019

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