De la pénurie de logements à la “Rentemauer”

D’une façon de plus en plus alarmée, la politique luxembourgeoise se préoccupe de la pénurie persistante de logements ainsi que de la hausse constante des prix immobiliers et des loyers. Les mesures palliatives en discussion paraissent consister surtout à renforcer les aides finançières au logement, à augmenter l’offre de terrains à bâtir et à faire construire davantage de logements sociaux, bref, à renforcer les mesures actuelles. On risque ainsi de s’attaquer à la pénurie de logements sans trop s’interroger sur ses causes.

Ces mesures, aussi bien intentionnées qu’elles soient, n’ont en effet donné jusqu’ici que des résultats insuffisants. En plus, elles ne bénéficient qu’à une minorité, les plus démunis en restant exclus.

Le soussigné n’a pas de remède miracle à proposer face à une situation qui arrange par ailleurs ceux qui voient, d’une année à l’autre et sans coup férir, croître la valeur de leur patrimoine immobilier. Freiner délibérément la croissance, prendre des mesures fiscales en espérant d’endiguer ainsi la hausse des prix immobiliers, sont des mesures délicates à prendre, pouvant se révéler être à double tranchant.

Malgré ces difficultés, ne devrait-on quant même pas s’interroger davantage sur les conséquences de cette croissance de notre économie nationale, surtout en volume, impliquant une augmentation constante de la population active, menant à son tour à cette demande de logements et à cette hausse des prix immobiliers ?

En dehors de la revendication d’un progrès social réel, la principale raison de notre recherche d’une croissance économique soutenue, attirant toujours davantage de main d’ouvre, est due au fait que notre régime d’assurance-vieillesse du secteur privé dépend d’un telle croissance. Ce régime devrait sinon être réformé, soit que les côtisations soient relevées, soit que l’âge d’entrée en pension soit reculé, soit encore que les pensions soient réduites, à moins que l’on ne recoure à un cocktail de ces mesures. Rares sont les mandataires politiques à en parler ouvertement.*)

En  ne touchant pas à ce problème technique, indéniable et majeur, on n’évitera cependant pas un “day of reckoning”. L’inaction actuelle rend en plus la solution du problème de plus en plus douloureux.

En attendant, inpénitents, nous continuons à hypothéquer les pensions de nos jeunes !

Mais quelles sont, à part la persistance probable de la pénurie de logements, des bouchons aux heures de pointe et de la remise à la prochaine génération de la réforme de notre régime de pension, les autres conséquences d’une croissance soutenue de l’emploi ?

Citons-en quelques-unes:

  • la proportion des résidents luxembourgeois par rapport à celle des résidents étrangers ne cessera de baisser, réserver aux Luxembourgeois le droit de vote aux élections nationales en deviendra de plus en plus intenable ;
  • les infrastructures du pays (routes, moyens de transport publics, hôpitaux, écoles, stations d’épuration), malgré leur renforcement, risquent de continuer à être insuffisantes, leur développement grevant lourdement le budget des dépenses extraordinaires de l’Etat ;
  • les ressources naturelles du pays (espaces verts, eau potable) ne cesseront de diminuer, les zones résidentielles, commerciales, administratives et industrielles de croître ;
  • notre PIB tout comme notre PNB continueront à croître en valeur absolue, mais pas nécessairement par tête d’habitant**) ;
  • une proportion grandissante des pensions sera dépensée à l’étranger et  ainsi perdue pour notre économie nationale.

On pourrait continuer à énumérer les conséquences de notre politique de croissance actuelle, apparemment acceptée globalement. Y manque notamment les conséquences d’un changement probable de la perception de notre pays par ses partenaires européens.


À chacun de juger si ces conséquences lui paraissent acceptables ou non:

Le développement économique devrait non seulement être durable,

ses effets devraient aussi être acceptables.

(Die wirtschaftliche Entwicklung sollte nicht bloss nachhaltig sein,

ihre Auswirkungen sollten auch annehmbar sein.)

J.H. le 12 mars 2018

(revu lle 14 mars 2018)

*) Voir à ce sujet le rapport “Réforme du régime général des pensions” publié en mars 2012 par l’Union des Entreprises Luxembourgeoises (UEL).

**) Voir à ce sujet dans ce blog l’article “La richesse des Luxembourgeois“, indiquant les raisons pour lesquelles l’allégation que les Luxembourgeois seraient les plus riches du monde est fausse. Elle ignore en effet et entre autres le fait que les salaires des frontaliers ne se retrouvent pas, pourtant comme supposé, dans les poches de résidents du pays. La Banque Centrale du Luxembourg vient heureusement de rompre le silence de nos autorités à ce sujet. Dans son Bulletin 3/2017 (pages 80 et suivantes) la BCL indique en effet  les failles de l’utilisation du PIB selon la formule de l’OECD pour mesurer le revenu moyen des résidents luxembourgeois.

Il s’ensuit la conséquence agréable qu’en pourcentage de notre revenu par personne réel, notre aide au Tiers-Monde, déjà l’une des plus élevées du monde mesurée par rapport au PIB, est en réalité encore plus élevée.

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