L’avenir de l’UE, deux discours

Le 7 septembre 2017, Emmanuel Macron a tenu devant l’Acropole d’Athènes un discours d’un lyrisme recherché, appelant à une refonte de l’Union européenne.

De par sa forme solennelle, la symbolique du lieu et surtout par le contenu de son discours, le Président français semble avoir voulu prendre date dans l’histoire de la construction européenne, espérant peut être devenir l’émule de Winston Churchill qui, dans son célèbre discours de Zurich, en 1946, a appelé l’Europe à s’unifier, à créer les Etats Unis d’Europe.

J’ai pris un intérêt particulier, du plaisir même, à lire le texte du discours de M. Macron. Il y a retrouvé des considérations largement identiques à celles contenues dans l’article « L’Europe à deux vitesses », inséré dans ce blog à la suite de la célébration du 50me anniversaire du Traité de Rome.

Le Président français a cependant été bien plus précis. Il a rappelé que le récent sommet de Rome a réaffirmé unanimement son adhésion au but fondamental du Traité de Rome, but consistant à rechercher une union de plus en plus étroite, la fameuse « ever gratter union ». Il a rappelé aussi qu’à Rome on avait été d’accord pour permettre la création d’une Europe à deux vitesses, avec la création d’un noyau d’États membres doté d’un Gouvernement et d’un Parlement, disposant d’un budget permettant d’assumer les responsabilités essentielles d’un État souverain, dont la défense et les affaires étrangères.

Seraient alors vouées à disparaître, on le suppose, les ambassades nationales des membres de ce noyau dur, tant à son extérieur qu’entre ses membres. Plus difficile est de prédire l’avenir des forces armées nationales.

Le siège permanent de la France au Conseil de Sécurité des Nations Unies serait-il transféré à cette nouvelle entité européenne ? Monsieur Macron n’en a rien dit. Il n’a rien dit non plus de la délimitation des compétences entre les institutions actuelles de l’Union européenne et de celles de ces « Etats Unis d’Europe » à venir.

Ce « discours d’Athènes » du Président français a été suivi d’un « discours de Strasbourg » tenu le 13 septembre à la tribune du Parlement européen par Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne. Dans son discours, prenant en quelque sorte le contre-pied de Macron, Juncker a appelé l’ensemble des États membres de l’UE à se ressaisir, à reprendre l’œuvre de l’unité européenne, plus spécifiquement, à adhérer à la zone Euro et à l’espace Schengen.

Discours favorablement accueilli en Allemagne mais aussi en France, propos reflétant non seulement les sentiments d’un militant européen chevronné, mais également ceux du patron des administrations européennes, méfiantes, on le suppose, des conséquences administratives d’une Europe à deux vitesses.

Que penser de tout cela ?

La résurgence de l’ultra droite nationaliste en Pologne et en Hongrie est la preuve que dans le subconscient des Européens subsistent de profonds attachements à des identités ancestrales, cristallisées dans des nationalismes exclusifs. En l’absence de menace extérieure majeure, en présence d’un statu quo paraissant satisfaisant, l’élan fédérateur motivé par des considérations rationnelles plutôt que sentimentales risque ainsi de s’enliser.

Si la déclaration de Macron a enchanté l’auteur de ces lignes, l’approche de Juncker a d’incontestables mérites. En effet, il faut éviter de créer dans les États membres ne voulant pas ou ne pouvant pas encore faire partie des futurs États Unis d’Europe, le sentiment d’être abandonnés par plus prospère qu’eux, menant à terme à un clivage néfaste pour cette « ever deeper union », qui devrait rester un but commun et non pas l’apanage d’une « élite » d’États membres.

On frémit aussi lorsqu’on pense aux discussions, aux disputes et querelles que risquent de susciter les négociations à mener pour progresser dans la voie tracée par le Président français. L’abandon effectif et probablement définitif de pans entiers de la souveraineté nationale ne va nulle part de soi.

Or l’évolution de la situation mondiale poursuit inexorablement son chemin et l’importance des pays européens, que se soit sur le plan démographique, économique ou politique, poursuivra son déclin. Celui de ses valeurs aussi.

S’il faut pousser la Pologne et la Hongrie au respect de leurs engagements, utilisant tous les moyens légaux disponibles à cet effet, il faut donc éviter d’envenimer inutilement le conflit. Il faut veiller à ce que, quelle que soit la rhétorique de leurs Gouvernements, Polonais et Hongrois puissent se rendre compte que les mesures prises à l’encontre de leurs pays ne sont prises qu’à contrecœur, qu’elles visent uniquement à sauvegarder l’avenir de l’Union européenne dont leurs pays font partie et dont on espère qu’ils le seront de plus en plus.

JH, le 21 septembre 2017

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