5.02 Les “races humaines”, une interrogation estivale

Suite aux progrès de la génétique, la science admet des différences raciales chez l’animal mais pas chez l’homme.

M’aventurant dans un domaine bien différent de ceux faisant habituellement l’objet des articles de ce blog, je voudrais partager avec mes lecteurs ma perplexité devant ce qui est advenu au terme de “race”, si appliqué à l’espèce humaine.

Comme la plupart de mes lecteurs, je le suppose, je suis opposé à toute discrimination raciale et ne considère donc pas que la “race” blanche ou “caucasienne” soit supérieure ou inférieure à une autre. Il ne s’agit-là pas d’une constatation “scientifique”, je n’ai pas les connaissances y requises. Il s’agit d’une conviction personnelle que j’estime en plus nécessaire, quoiqu’ insuffisante, à un monde pacifié. Un peu comme l’Union Européenne me paraît indispensable à la pérennité de nos valeurs démocratiques.

Reste cependant l’évidence que les humains ont une apparence qui diffère d’une région géographique à l’autre, différences longtemps désignées comme “raciales” et l’étant encore souvent aujourd’hui.

Or il y a des décennies que le fondement de cette désignation a été mis en brèche par la science pour laquelle la notion de “race”, appliquée à l’homme, est devenue absurde. En effet, que nous disent les scientifiques?

Voici:

“Les différences apparentes entre les hommes se sont en effet révélées comme bien moindres que d’autres différences génétiques, non apparentes. Les différences apparentes, à tort dîtes “raciales”, sont ainsi devenues anodines par rapport à des différences non apparentes plus profondes, communes, par exemple, entre certains “noirs”  et  certains “blancs” mais pas partagées par les autres “noirs” et “blancs”. D’un point de vue scientifique, les différences apparentes entre “noirs” et “blancs” ont ainsi largement perdu leur utilité comme critère de distinction raciale, menant à l’abandon général de la notion “races humaines”. Cette notion est aujourd’hui considérée comme anachronique, obsolète, à ne plus utiliser sauf qu’entre guillemets.”

Dont acte. Mais je dois avouer avoir ici un problème.

En principe les termes linguistiques sont consacrés ou validés par l’usage. Tel est du moins ce qu’en disent les éditeurs du “Larousse” et d’autres encyclopédies. Or en matière de “races humaines”, l’usage se réfère depuis des générations aux différences apparentes entre humains et continue à le faire. Si on abolit pour des raisons scientifiques ou morales le terme “race” ou “racial” lorsqu’appliqué aux humains, comment désigner alors leurs différences apparentes ?

On rétorquera que l’usage du terme “races humaines” implique, qu’on le veuille ou non, que les différences dites “raciales” ne se limitent pas nécessairement aux apparences mais risquent de faire aussi allusion à des différences non apparentes, non prouvées ou même niées, impliquant qu’en certains domaines une “race” d’humains puisse l’emporter, en moyenne ou d’une façon générale, sur d’autres.

Implication difficilement supportable, moralement inacceptable, vu les exactions du passé. Implication en plus erronée, si j’ai bien compris un verdict scientifique quasi unanime.

Alors faisons-nous l’avocat du diable.

Est-ce qu’on a conduit des recherches génétiques similaires à celles ayant mené à l’abandon du terme “race” chez l’homme au sein d’autres espèces de mammifères? Peut-on exclure, par exemple, la possibilité que les gènes de certains Dobermans et de certains Bergers allemands, tous de l’espèce canine, révèlent des caractéristiques communes plus importantes que celles, apparentes, qui les séparent,  caractéristiques qu’ils ne partageraient pas avec les autres Dobermans ou les autres Bergers allemands?

Si tel était le cas, la notion de “races canines” serait-elle maintenue ou deviendrait-elle alors, à son tour, caduque. Si applicable à d’autres espèces ne serait-on pas mené à l’abandon général du terme “race”?

La mise au ban pour des raisons scientifiques ou morales du terme “race humaines”, faisant fi aux différences apparentes aussi  peu signifiantes qu’elles soient, ne relèverait-ce pas du “politiquement correct” plutôt que d’un “scientifiquement correct”?

Est-ce que les sciences linguistique et biologique mènent ici à des conclusions différentes?

Interrogation estivale, peut-être, mais à moins de mettre le terme “race” entre guillemets, je continuerai à l’éviter lorsqu’il s’agit  d’humains.

Théoule, en juillet 2018.

J.H.

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P.S.: Le texte reproduit ci-dessus fut rédigé pendant un séjour de vacances. De retour à Luxembourg avec l’intention de l’insérer dans mon blog, j’ai trouvé dans mon courrier le volume XXI des Actes de la Section des Sciences Morales et Politiques de l’Institut Grand-Ducal. S’y trouve, entre autres, le compte-rendu d’une Table Ronde sur la liberté d’expression ayant eu lieu le 17 juin 2018.

Un intervenant y explique à la page 106 que “…parler de différences d’apparence (couleur de la peau…) ou d’aptitude physique (vitesse de course…) entre “races humaines” est de nature d’inférer qu’il y ait des différences d’intelligence entre “races” humaines, une disqualification qui toucherait à la dignité même de la personne” (citation non textuelle).

Un autre intervenant y dit à la page suivante que: “…la dignité humaine signifie qu’il n’a pas des races humaines, qu’il n’y a qu’une race humaine”, substituant ainsi le terme de race à celui d’espèce.

On peut se demander si on n’est pas arrivé ainsi à exclure l’espèce humaine de la classification biologique du monde animal dont elle est pourtant issue et dont elle continue à faire partie. N’ajoute-t-on pas ainsi un critère moral à une classification qui,  au départ, n’en avait pas?

À rappeler à ce propos que les scientifiques commencent à attribuer une sensibilité morale à certains animaux. Qu’en est-il alors de la “dignité animale”?

Il est vrai cependant que le terme “race”, appliqué aux hommes, a été  très largement abandonné par le monde scientifique. Un crime immonde, l’holocauste, a ainsi contribué à rendre inapplicable à l’homme un terme applicable à toute autre catégorie animale. Cela à moins de le mettre entre guillemets, faute d’un autre terme pour la réalité des différences apparentes entre “races humaines”.

J.H., le 17.07.2018

*) La signification traditionnelle du terme “race” remonte à la classification des êtres vivants inaugurée par le naturaliste suédois Carl von Linné (1709-1778).  Souvent remaniée, la classification la plus significative dans le contexte de la présente semble être la classification phylogénétique développée après la seconde guerre mondiale, dominante aujourd’hui. Elle groupe tous les descendants d’un ancêtre commun. L’homme y est toujours un mammifère et le moineau un oiseau, les deux se trouvant au même niveau de classification. Cette nouvelle approche a mené à des résultats surprenants et contre-intuitifs tels que:

– les oiseaux sont des dinosaures et les plus proches parents des crocodiles;

– les cétacés ont comme proches parents les hippopotames;

– les groupes “poissons” et “reptiles” n’existent plus;

– certaines algues se retrouvent avec les plantes vertes, d’autres avec les bactéries.

Cette classification ne reconnaît aucune prééminence, aucune hiérarchie, caractéristique lénifiante dans le contexte du présent article.

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