2.11 Un ministre DP néoliberal?

Le peu de support rencontré parmi les enseignants par la politique de Claude Meisch et la rareté de critiques constructives.

Le mois passé j’ai regretté dans ce blog que le livre de Claude Meisch, ministre de l’Éducation nationale, “Staark Kanner”, n’ait suscité aucune réaction. Or cela vient de ce faire: André Wengler y a réagi dans le “Le Jeudi” du 7 Septembre.

Il y dit tout d’abord sa répugnance à s’exprimer au sujet de vues qu’il n’a cessé de critiquer. Le style du ministre, qui s’est exprimé en luxembourgeois, lui paraît en plus exécrable: eng Datz fir de Minister! Ayant lu le livre, par devoir professionnel mais en biais seulement, André Wengler n’y a trouvé en plus aucun argument intéressant.

Quant à moi, je fus déçu de n’avoir  trouvé dans l’article d’André Wengler aucune critique précise sauf celle-ci: en favorisant la création de filières différentes tenant compte des connaissances linguistiques des élèves, Meisch aurait créé des filières de qualités différentes, risquant de mener à des bacs permettant pourtant des possibilités d’accession aux études universitaires identiques. L’attrait du moindre effort risquerait alors de conduire à un abaissement du niveau de notre enseignement secondaire.

Cela m’a étonné. J’aurais cru que le ministre avait ainsi voulu éviter que les élèves ne disposant pas du multilinguisme des Luxembourgeois en pâtissent et soient ainsi handicapés dans leur vie professionnelle. Les enfants des fonctionnaires internationaux, en effet, ont accès à l’école européenne qui propose des filières variées. Ceux des cadres dirigeants du secteur privé, des professions libérales aussi, peuvent être dirigés vers l’enseignement privé. La encore le choix est grand. Les enfants de parents moins bien situés qui, en plus, ne sont pas encore intégrés, linguistiquement du moins, n’ont cependant pas ces possibilités. L’accès à l’école européenne est réservé aux fonctionnaires européens et à quelques priviligiés, l’enseignement privé est trop cher.

Personnellement je suis attaché à l’enseignement public, surtout primaire. Il me paraît important pour notre cohésion sociale qu’enfants nous fréquentions tous l’école publique. J’aurais tendance à y inclure les enfants des fonctionnaires européens mais des conventions internationales s’y opposent probablement. Nous sommes devenus une société multiculturelle et c’est bien, mais notre enseignement doit en tenir compte. Il y va de l’intégration des résidents étrangers, de l’avenir de leurs enfants. Il y va aussi de l’attractivité du “Standort Luxemburg”.

Depuis la parution du livre, une autre réaction a vu le jour, celle du syndicat d’enseignants SEW, affilié à l’OGBL. L’auteur y reproche au ministre  d’avoir été sourd, tout au long de son mandat, aux arguments des représentants des enseignants. Comme je n’ai pas assisté à ces réunions, je ne  peux juger de ce reproche. Mais de critiques précises auxquelles on pourrait réfléchir: on n’y trouve aucune.

Mais revenons à André Wengler qui dit, pour terminer son article.  qu’il a fermé le livre avec l’impression d’avoir eu affaire à des pensées néolibérales qui l’indisposaient.

Cette référence au néolibéralisme m’a surpris. L’auteur reproche probablement au ministre d’avoir orienté sa politique d’enseignement en fonction de l’offre d’emploi, des besoins du “marché”, plutôt que de favoriser la formation culturelle et le sens critique des étudiants.

Querelle de connaisseurs dans laquelle je me garde de me mêler.

Quant à l’emploi du terme “ultralibéral”, il a changé avec le temps, les circonstances et avec l’orientation politique ou professionnelle de ceux qui l’emploient. Dans le contexte de la présente, il ne s’agit certainement de rien de positif. C’est le souvenir pénible de Bush junior et de Donald Rumsfield qu’il évoque pour moi. C’est en tout cas un terme que je répugne à utiliser tant il prête à confusion.

Ce dont je suis cependant certain, c’est que si je l’adressais à Claude Meisch, celui m’en voudrait.  À mon avis avec raison.

Jean Hamilius, en septembre 2018

Voir aussi “Le Ministère de l’Education nationale, le contraire d’une sinécure!”, publié en août  2018.

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