4.10 Les causes de l’euroscepticisme

À qui, à quoi faut-il attribuer l’euroscepticisme actuel ? Une interrogation provoquée par la lecture du « forum » du mois de mai 2019.

Le numéro 395 de ce mois du périodique luxembourgeois « forum »est consacré exclusivement aux élections européennes du 26 mai prochain. Riche et varié, j’ai dû m’y prendre à plusieurs reprises pour en assimiler le contenu. Plutôt que de réagir à tous ces textes, arguments et critiques (notre Jean-Claude national s’en tire plutôt bien), je voudrais me restreindre ici à la question centrale, celle de savoir pour quelles raisons la curiosité bienveillante suscitée initialement par l’idée européenne, son acception générale ensuite, ont cédé à un euroscepticisme de plus en plus envahissant.

Cette « Ursachenforschung », cette recherche d’erreurs ou de fautes m’amène, au risque de me répéter, à m’interroger encore une fois au sujet de ces difficultés actuelles. Ce faisant, je crois qu’il faut distinguer entre les errements attribuables au comportement, au fonctionnement des institutions européennes et les autres.

Parmi les premières je citerais avant tout le manque de respect du principe de subsidiarité, la tendance de la bureaucratie bruxelloise de réglementer des matières qu’il aurait mieux valu laisser dans la compétence des États membres.

La crise migratoire, provoquée par les évènements en Syrie et les problèmes de l‘Afrique subsaharienne, ne sauraient être attribuées à l’UE. Auraient-ils été mieux gérés par des États souverains ? Les défaillances de discipline budgétaire à laquelle les États concernés avaient pourtant librement choisi de se soumettre et les difficultés qui en ont résulté pour certains, la Grèce notamment, ne paraissent attribuables ni à Bruxelles ni à Francfort mais, bien au contraire, aux États-membres concernés.

Pourtant je dois admettre que les institutions européennes ne sont pas exemptes de reproches. Je n’en adresse pas à la Banque Centrale européenne, ma compréhension du fonctionnement, de la gestion d’un système monétaire, fut-il national ou communautaire, est trop fragmentaire pour me permettre des critiques à ce sujet. Mais, tout compte fait, quel état national, quelle institution internationale peut se vanter d’un parcours sans faute ?

Les raisons principales des difficultés que rencontre aujourd’hui la réalisation du projet européen se trouvent, à mon avis, ailleurs.

Je crois que l’acceptation initiale pour l’intégration européenne était due d’abord au souvenir d’une guerre meurtrière entre Européens, ensuite, pendant la guerre froide, ce fut la menace extérieure que constitua l’URSS stalinienne. Je me rappelle d’une époque pendant laquelle la perspective d’une occupation par l’Armée rouge hantait les esprits, était ouvertement évoquée. Avec la perestroïka et la Glasnost, ce danger unificateur disparut progressivement, permettant une résurgence d’intérêts nationaux, mena à une défense de plus en plus vigoureuse des droits souverains des États-membres.

On avait le temps, plus rien ne pressait !

Il s’est ainsi avéré, une fois de plus, qu’un danger, qu’une menace externe ont un effet unificateur, provoquent un élan de solidarité. Leur absence permet le développement d’égoïsmes, de revendications sectorielles, nationales dans ce cas.

C’est ainsi que les Français enterraient, sans fanfares et par referendum, le projet d’une Communauté Européenne de Défense (CED), c’est ainsi que la Grande Bretagne s’émancipait impunément de ses obligations européennes, freinait le processus d’intégration. C’est ainsi que les États-membres, chacun selon ses possibilités, ont essayé de tricher, de circonvenir leurs obligations contractuelles. Y compris le nôtre. Je ne cite pour exemple que la façon dont notre Ministère de Agriculture traita les subsides dus à la politique agricole commune, la fameuse PAC. Comparé à ce qui s’est passé plus tard, chez nous et ailleurs, un péché véniel.

Les critiques, les reproches adressés à l’UE reflètent aussi l’orientation politique de leurs auteurs, sont alors empreintes de démagogie. C’est ainsi que le chef de file de la liste communiste luxembourgeoise aux élections européennes clame que l’UE est l’œuvre des banques, ne sert que les intérêts du grand capital. Je me rappelle pourtant les réticences que provoquaient les projets de création de la CECA dans nos milieux d’affaires qui redoutaient une mainmise internationale sur la sidérurgie nationale. Ils n’étaient pas seuls. Des syndicalistes et beaucoup de gens pensaient de même.

J’espère toujours que les difficultés suscitées en Grande Bretagne par le Brexit fassent réaliser aux eurosceptiques le caractère fallacieux d’un retour au nationalisme, que les dérives actuelles de certains États-membres de l’Est de l’UE contribuent à accréditer les vertus d’une Europe à deux vitesses.

Il faut être optimiste!

J.H., le 9 mai 2019