2.05 Faut-il interdire le burkini ?

La burka et le niquab couvrent les femmes musulmanes de la tête aux pieds et cachent leurs visages. Le burkini par contre est un vêtement qui dissimule le corps des femmes mais pas leurs visage. Son port devrait être permis.

Au début de l’année on discutait ferme de la question de savoir s’il fallait interdire le port de la burka et du niquab, ces voiles qui dissimulent complètement le visage des musulmanes. Avec l’été et la saison des baignades, l’acceptation du «burkini» est à la une.

Contraction des mots «burka» et «bikini», le burkini est un vêtement de bain ne laissant visibles que le visage, les mains et les pieds d’une baigneuse. Le terme a été créé il y a quelques années en Australie où il est protégé comme marque commerciale. Le burkini permet aux Musulmanes de faire trempette dans les piscines et sur les plages sans encourir l’opprobre de leurs imans, pères, maris ou frères.

Indication de l’actualité de la polémique: Sarkozy, ancien Président de la République française, exige l’interdiction générale du burkini, quitte à changer, s’il le faut, la constitution française. Motif: la loi doit suivre l’évolution de la société et non pas l’empêcher. Aux Pays Bas, le souverainiste Geert Wilders vient de lui emboîter le pas.

En ce qui concerne la burka et le niquab, pareille interdiction peut paraître justifiée, alors que le port de ces voiles intégraux est contraire à notre vie en société. Une telle interdiction devrait d’ailleurs aussi s’appliquer au déguisement des casseurs, les passe-montagne et foulards qui leur permettent de commettre des violences sur la voie publique sans risquer d’être reconnus.

Mais que penser du burkini?

Un argument clef en sa faveur consiste à dire que son port permet aux musulmanes de se baigner en public sans tout en respectant leur religion. L’interdire serait ainsi contraire au respect que l’on doit aux religions, mettrait un frein à l’intégration des musulmanes dans la société occidentale.

Qu’en est-il? Sommes-nous ici en présence d’une injonction religieuse ou s’agit-il d’une simple coutume, d’une mode? Pour en avoir le cœur net, il est utile de consulter les sites internet dédiés au Coran.

On apprend ainsi qu’il existe une controverse sur l’origine du Coran: a-t-il été écrit par le Prophète lui-même ou a-t-il été rédigé plus tard sur base d’une transmission orale des paroles du Prophète? Dans ce cas, cette mémoire a-t-elle abouti à une œuvre collective qui s’est enrichie progressivement ou est-on en présence d’un auteur unique? Pour les fidèles la réponse à ces questions importe peu: le Coran reflète la volonté de Dieu, point à la ligne.

Si on respecte cette conviction, la question suivante se pose:Allah, omniscient, s’est-il adressé à Mohammed en tenant compte des connaissances fort limitées de l’époque, des particularités de la société aussi dans laquelle évoluait le Prophète?

On doit constater à cet égard que le Coran, comme d’ailleurs la Bible ou la Torah, ne contient aucune révélation, aucune information qui aurait été incompréhensible aux hommes d’alors. Il me semble donc qu’un musulman croyant devrait admettre qu’en faisant parvenir sa volonté au Prophète, Allah a tenu compte des connaissances et des mœurs de la société à laquelle il s’adressait. Alors, pourquoi les enseignements du Coran ne pourraient-ils pas être adaptés à la société d’aujourd’hui?

Il faut croire qu’en Europe du moins, beaucoup de musulmans sont en faveur d’un tel Islam moderne. Le problème que l’on rencontre ici est le fait que l’Islam ne connaît aucune instance habilitée à imposer une quelconque «interprétation moderne» à l’ensemble de «l’oumma», à la communauté mondiale des fidèles. D’où l’intérêt que l’on doit accorder aux efforts du Gouvernement français de créer à la tête de l’«Islam de France» un organe central. D’où aussi l’espoir d’aucuns que cela se fasse et aboutisse même, un jour, à un «Islam d’Europe» compatible avec les valeurs occidentales.

Est par contre difficilement compréhensible qu’à la tête de cet organe central on ait placé un non-musulman.

Mais revenons au burkini!

Selon ce qu’on peut apprendre à l’internet, le Coran exige des femmes qu’en public elles se comportent d’une façon modeste, cachent leurs charmes, évitent d’attirer les regards. Du temps du Prophète et aujourd’hui encore, dans les régions aux traditions vestimentaires orientales, cela implique que les femmes se couvrent entièrement d’amples vêtements, de djellabas, ne laissent visibles que le visage, les mains et, si difficilement évitable, les pieds. Mettant de côté toute considération esthétique, on voit mal en quoi une telle exigence puisse, en principe, créer scandale en Europe.

Il est permis de supposer que du temps de Prophète et des siècles suivants, cette exigence de modestie ait conduit à des modes, à des coutumes vestimentaires diverses, toutes considérées conformes au Coran. Dès lors et même pour un musulman conservateur, pourquoi une telle souplesse d’adaptation ne serait-elle plus permise aujourd’hui?

Les «incroyants» ou «mécréants» que nous sommes, c’est selon, doivent admettre que les musulmanes, issues de milieux religieux voire intégristes, habituées à ne se montrer en public que voilées de la tête aux pieds, répugnent à se montrer en maillot de bain. Mais il est aussi compréhensible que la vue d’une baigneuse en burkini choque, soit ressentie comme une provocation, comme un signe de solidarité avec l’intégrisme islamique voire avec les terroristes de l’EI, comme un refus d’intégration. Il ne serait pas étonnant non plus que les femmes en maillot de bain voient dans le port du burkini un reproche, une accusation d’indécence.

Alors et tout considéré, faut-il interdire le burkini?

Le soussigné ne le pense pas. Ce serait contraire à notre conception des libertés individuelles, considération qui devrait l’emporter sur la gêne provoquée par la vue de ces baigneuses couvertes de tissus noirs. Après tout, il y a cent ans, à Ostende ou à Nice, les sportives d’alors faisaient presque de même! Il ne s’agit finalement que d’une façon de se vêtir, de se déguiser si on veut, tout en restant reconnaissable, ce qui n’est pas le cas avec le voile intégral. Ne serait–ce en outre pas présomptueux de la part de notre petit pays de vouloir assumer, dans un domaine aussi controversé, un rôle de précurseur alors que, jusqu’à présent et chez nous, il n’y a vraiment pas de péril en la demeure?

Dans ce contexte, n’oublions pas non plus notre passé d’Européens. Si nous voulons protéger notre mode de vie, quel fut notre comportement de nos ancêtres envers celui des autres? N’avons-nous pas mis en esclavage, exterminé même des peuples entiers, créé grâce à notre supériorité militaire des colonies que nous avons ensuite exploitées, y pratiqué un prosélytisme forcé? Plus tard et aujourd’hui encore, comme touristes, avons-nous toujours été respectueux des coutumes des pays que nous visitions, le sommes-nous aujourd’hui?

Bien sûr, tout n’est pas noir dans ce tableau de nos erreurs et méfaits, actuels ou passés. En aucun cas ils doivent cependant nous obliger aujourd’hui à accepter ceux d’autrui. Et l’esclavage n’est pas une invention exclusivement européenne!

Le débat reste ainsi ouvert. Il ne fait d’ailleurs que commencer et devrait s’étendre à d’autres domaines, dégageant, on doit l’espérer, des principes généralement admis. Ainsi on peut estimer qu’à l’école tous les élèves devraient être obligés de participer aux cours de gymnastique et de natation dans une tenue approuvée. On devrait aussi juger inacceptable que des parents puissent refuser, pour des raisons religieuses, un traitement médical indispensable à la survie d’un enfant mineur. Et puis, est-ce normal que des prédicateurs,payés par l‘étranger et acquis à des thèses intégristes, puissent librement prêcher en Europe?

Notre société se trouve devant un défi d’une complexité et d’une importance sans précédent. Comment y réagir? S’approcher des thèses droitières, à la Sarkozy, afin de tenir l’extrême droite à l’écart du pouvoir, risque d’aboutir à un résultat similaire à celui prôné par l’extrême droite.

Drame cornélien mais en apparence seulement: il doit être possible de rejeter par la loi la propagation d’un enseignement exigeant la peine de mort pour l’apostasie, l’infidélité d’une épouse, la guerre contre ceux qui n’acceptent pas de tels enseignements etdedéfendre ainsi nos valeurs de liberté et de tolérance.

On n’a pas hésité à pénaliser l’incitation à la haine raciale, alors…

En résumé: le soussigné est d’avis que si les arguments en faveur d’une interdiction de la Burka et du Niqab sont convaincants, tel n’est  pas les cas pour le burkini.

JH, en septembre 2016.

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