La richesse des Luxembourgeois

Le mal fondé de la réputation de Luxembourg comme pays extraordinairement riche.

Rectification des statistiques de l‘OCDE attribuant aux Luxembourgeois un niveau de vie sanscommune mesure avec celui des autres Européens.

Depuis des années les Luxembourgeois ont la réputation d’être  riches, très riches même. Une réputation qui surprend beaucoup d’eux, tant leur train de vie personnel leur paraît modeste.

La conviction des étrangers, bien compréhensible d’ailleurs, que cette richesse est principalement due à une fiscalité par trop accommodante, n’a valu aux pays que peu de sympathies. La disparition du secret bancaire n’a pas fait disparaître cette réputation.
Il faut préciser ici que ce que visent ces critiques ce n’est pas la „richesse“ des Luxembourgeois mais plutôt le niveau de leur revenu, mis en évidence par l’opulence du train de vie de certains d’entre eux.

À cela quelques chiffres qui concernent l’année 2012.

En 2012 le revenu brut interne (PIB) du Luxembourg s’éleva à 43 milliards d’Euros, dont 6,5 milliards étaient gagnés par des capitaux étrangers. Restaient 36,4 milliards gagnés, entre autres, aussi par les nombreux transfrontaliers travaillant au Luxembourg.

Or, lorsque l’OECD calcule le PIB par tête d’habitant de ses Etats membres, il ne tient compte ni du revenu des capitaux étrangers ni de celui des transfrontaliers, chiffres considérés comme généralement marginaux. Pour le Luxembourg ils sont cependant tout sauf marginaux. D’où le mythe de la richesse des Luxembourgeois, qui leur vaut jalousie et animosité.

Qu’en est-il réellement ?

En 2012 le PIB total du pays était donc de 43 milliards d’Euros. Lorsqu’on déduit de cette somme le revenu des transfrontaliers, soit 7,2 milliards et celui des capitaux étrangers, 6,5 milliards, il reste 29,2 milliards, soit un revenu moyen de 54 375 €.

Lorsqu’on estime que les frontaliers font partie intégrante de l’économie luxembourgeoise, son revenu national est augmenté de 7,2 milliards, a donc été de 36,4 milliards revenant aux résidents, aux frontaliers et aux familles de ceux ci, soit 870 000 personnes. Il en résulte un PIB moyen de 41 840 € par personne.

Voici les chiffres OECD correspondants pour les trois voisins du Luxembourg:

Allemagne :     31 900 €
France :     30 700 €
Belgique :     33 600 €

En examinant cette comparaison, il faut tenir compte du fait que le revenu moyen des Allemands est abaissé par le revenu relativement bas dans les nouveaux Länder de l’ancienne RDA. Des considérations semblables peuvent être avancées pour la France et la Belgique.

Le Luxembourg, par contre, est un „Etat-ville“, une ville avec sa banlieue. Si nous prenons alors les chiffres pour l’Ile de France, pour Paris donc (51 200 €), Bruxelles (62 000 €), Hambourg (52 500 €) ou „Inner London“ (86 000 €), les choses se normalisent.

On constate ainsi que malgré les chiffres publiés par l’OECD, le revenu moyen des résidents luxembourgeois était en 2012 du même ordre que celui d’autres centres financiers. L’histoire des Luxembourgeois exceptionnellement riches n’est ainsi qu’un mythe, à moins que l’on considère que les Parisiens, les habitants de Hambourg, de Bruxelles ou de Londres, le sont aussi.

En 2012 les Luxembourgeois, ou plutôt les résidents du Luxembourg, car la moitié n’en est pas luxembourgeoise, se trouvaient donc, du point de vue leur revenu, en bonne compagnie, en position enviable. Mais ils n’étaient pas les champions toutes catégories, rôle que la presse internationale persiste à leur attribuer.

Cette réputation est renforcée par un phénomène qui ne se retrouve pas dans ces chiffres.

Depuis des années, la vente de biens immobiliers aux immigrants fait rentrer de l’argent dans des poches luxembourgeoises. Comme l’immigration n’y connaît pas de répit, la demande immobilière ne faiblit pas non plus et les prix continuent à monter. Malgré leurs ventes, le patrimoine net de Luxembourgeois ne baisse dès lors pas, ce serait plutôt le contraire. L’imposition modeste des plus-values ainsi réalisées renforce le phénomène. Le train de vie parfois peu discret de quelques Luxembourgeois à l’étranger renforce cette réputation de richesse alors que beaucoup de leurs compatriotes qui n’avaient pas la bonne fortune de descendre de propriétaires de terres devenues terrains à bâtir, ne bénéficient guère du phénomène ainsi décrit.

Puisqu’une partie importante du PIB luxembourgeois, tel qu’établi par l’OECD, ne revient pas aux Luxembourgeois, ou plutôt aux résidents du Luxembourg, les statistiques qui s’y réfèrent, telles que la dette publique par habitant, sont également faussées, sont moins bonnes qu’officiellement présentées. D’autres phénomènes œuvrent en sens inverse. L’immigration d’une main d’œuvre née, élevée et éduquée à l’étranger, constitue ainsi un apport économique considérable. L’accroissement rapide de la population crée par contre des problèmes d’infrastructure qui ont des conséquences moins favorables.

Conclusion :
La situation et les problèmes auxquels le Luxembourg fait aujourd’hui face sont ainsi quelque peu différents de ceux que laissent supposer les statistiques officielles, qu’elles émanent de l’OECD ou d’autres sources.

Mai 2015

Ce texte est basé sur un article publié en 2014 dans « forum » sous le titre « Die Mär der reichen Luxemburger ».

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