3.12 De la persistance de la pauvreté

Il faudrait savoir de quoi on parle !

Beaucoup de choses vont plutôt bien chez nous. En comparant notre qualité de vie avec celle de nos voisins, la plupart de nous doit en convenir. Mais pas tous, il faut en être conscient et essayer d’y remédier.

À ce propos quelques réflexions :

Le Statec vient de publier les chiffres statistiques caractérisant l’évolution démographique, économique et sociale de notre pays pendant l’année passée. Commentée par la presse, y est montée en épingle « la croissance de la pauvreté ». Qu’en est-il ?

Quant à la notion de pauvreté d’abord.

Les statistiques ainsi invoquées indiquent l’écart entre les revenus élevés et les revenus faibles, donc leur disparité (*). Cette disparité est censée mesurer l’ampleur de la pauvreté. Or cet écart s’est accru en 2020.  Cela ne signifie cependant pas nécessairement que l’an passé le niveau de vie des pauvres ait baissé, que l’an passé la pauvreté proprement dite se soit accrue au Luxembourg.

Prenons un exemple extrême.

Si, en une année donnée, le niveau de la qualité de vie matérielle des pauvres s’était amélioré chez nous et que Bernard Arnault avait transféré son domicile fiscal au Luxembourg, quelle en aurait été la conséquence statistique ? Les statistiques françaises n’auraient guère changé alors que chez nous l’écart entre le revenu disponible des riches et des pauvres aurait notablement grandi. Contrairement à ce qui s’était passé réellement, en statistique, la pauvreté aurait progressé chez nous ! **)

N’empêche cette observation : il y a effectivement de la pauvreté chez nous. Quittons donc le domaine de sa mesure  et abordons celui des moyens effectifs  pour réduire la situation des pauvres. Cet exercice soulève un aspect fondamental de l’économie du notre pays.

Pour un pays comme le nôtre, dont les services rendus à l’étranger sont un socle économique crucial, être attractif dans la compétition financière internationale est d’une importance toute autre qu’elle ne l’est, par exemple, pour l’Allemagne ou la France. S’inspirer chez nous des mesures acceptables pour d’autres pays, envisager de les reprendre telles quelles, peut comporter des risques propres à notre situation de petit pays.

Ainsi, pour aider ceux qui se trouvent en bas de l’échelle sociale, on propose chez nous des mesures telles que d’accroître l’imposition des riches, d’augmenter le salaire minimum ou encore d’introduire un revenu minimum par personne, riche ou pauvre.

Quels peuvent en être les conséquences négatives ? Examinons les :

  • Imposer davantage les riches. ***)

Il y a quelque temps, un ancien ministre socialiste a effectué et publié des calculs montrant qu’une augmentation chez nous des taux d’imposition des revenus élevés d’une façon non encore spoliatrice, ne permettrait qu’une amélioration insignifiante du niveau de vie des revenus du bas de l’échelle sociale. Un  renforcement significatif de cette imposition, permettant d’aider effectivement leur sort, risquerait par contre d’être  perçue comme punitive et risquerait de provoquer une fuite fiscale, de se révéler comme contreproductive.

  • Augmenter le salaire minimum.

Cette mesure tend à rendre l’insertion dans le marché du travail des personnes peu qualifiées encore plus difficile qu’elle ne l’est déjà et risque, en plus, de provoquer une hausse générale des rémunérations, de nuire ainsi à la compétitivité de nos entreprises.  Électoralement, bien entendu, cette mesure serait bien accueillie mais ses conséquences économiques pourraient se révéler comme négatives, donc : handle with care !

  • Octroi national d’un revenu de base.

À première vue une idée sympathique inspirée du « Revenu Universel d’Existence » discutée en Scandinavie notamment. Imaginons le résultat d’une telle mesure introduite chez nous et non pas chez nos voisins : elle provoquerait inévitablement un afflux spectaculaire d’immigrants de l’U.E. tout entière. Introduite par un « paradis fiscal parasitaire », un comble aux yeux de nos partenaires européens qui nous isolerait au sein de l’U.E

Dans la lutte contre la pauvreté, il y a bien sûr encore d’autres mesures à envisager. Une première conclusion me semble cependant s’imposer : pour réduire chez nous la pauvreté réelle, rien ne vaut un accroissement du revenu national par tête d’habitant qui renforce les moyens disponibles pour financer des mesures sociales.

Il reste que malgré une politique sociale avancée, il restera toujours des misères individuelles insuffisamment soulagées. Ici il convient de saluer l’action d’organisations comme la Croix Rouge, comme Caritas et d’autres, qui s’occupent d’une façon ciblée des victimes au sort tragique, des laissés pour compte de la société. Ces associations, en se soumettant en plus à un contrôle indépendant et professionnel comme le font les membres de « Don en confiance », méritent amplement le soutien non seulement des instances officielles mais aussi de celui de tous ceux qui peuvent se le permettre.

Et finalement il faut aussi penser à la misère de millions d’êtres à travers le monde. Notre sollicitude pour ceux qui nous sont proches ne devrait pas fermer nos yeux à leur égard.

Le 9 mai 2021

J.H.

Ce article a été revu et complété le 16 mai 2021.

*) On doit supposer que cette mesure de la disparité des revenus est basée sur des chiffres de revenu nets, tenant donc compte, par exemple, de l’impôt sur le revenu.

**) À ce propos un bon-mot, un clin d’œil de Winston Churchill : «  On ne peut se fier qu’aux statistiques qu’on a soi-même falsifiées » …

***) On reproche en France à Macron de diminuer l’imposition des riches alors que Biden fait le contraire aux USA.. On ne dit pas que suite à ces mesures, l’imposition des riches est toujours plus élevée en France.

 

 

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