4.13 Cetero censeo Europam unificandum esse *)

Alors que certains pays-membres de l’Union Européenne, la France en tête, réclament depuis des années un renforcement de ses compétences, on ne voit guère de projet concret pour une telle entreprise. La Pologne et la Hongrie y sont opposées, d’autres pays-membres en sont peu enthousiastes. Seule une partie des membres de l’UE serait donc susceptible d’y adhérer.

Supposons alors que l’Allemagne et la France, suivis par d’autres pays-membres, créent entre eux une “Fédération Européenne” ou même les “États Unis d’Europe”, une utopie actuellement. On aurait alors deux entités, l’Union telle qu’elle existe maintenant avec, on l’espère, celle-ci  comme pays-membre. Les deux devraient avoir les institutions nécessaires à leur fonctionnement : la Commission pour l’UE, un Gouvernement pour le nouvel État et un Parlement pour chacun. La Cour de Justice Européenne, la Cour des Comptes Européenne, d’autres institutions encore, pourraient peut-être rester communes. Cette Fédération Européenne, appelons-la comme ça, investie de fonctions régaliennes telles que la Défense et les Affaires Étrangères, devrait en plus être dotée d’administrations bien plus étoffées que celles dont dispose actuellement l’UE. Tel serait surtout le cas pour les Ministères Européens de la Défense et des Affaires Étrangères.

La tête tourne si on essaye d’imaginer la mise en pratique d’une telle évolution. Elle risquerait de prendre du temps, de donner lieu à d’âpres débats, de retarder le traitement d’autres dossiers, d’affaiblir temporairement l’influence de l’Europe dans les affaires internationales. En pensant alors au temps nécessaire pour mener à bien une telle entreprise, semée d’embûches, les animosités qu’elle risque de susciter, même un fédéraliste européen invétéré devrait finir par accepter qu’il faut renoncer à ce rêve idéaliste.

Resterait alors une seule voie pour donner à l’Europe la force de résister à la menace des géants politiques que sont les États-Unis et la Chine : renforcer la cohésion, la capacité d’action de l’Union Européenne actuelle.

Pour en arriver là, il faudra que tous ses pays-membres adhèrent sincèrement aux principes et aux règles auxquels ils ont souscrit en devant membres de l’Union. Et s’ils s’en écartent, comme c’est actuellement le cas pour la Pologne et la Hongrie, la Commission Européenne, gardienne des traités, devrait fermement utiliser tous les moyens légaux et réglementaires disponibles pour rendre coûteuse à un État-membre toute dérive dans le respect des principes fondamentaux de l’Union, notamment ceux des Droits de l’Homme, de la démocratie parlementaire et de la séparation des pouvoirs, donc de l’indépendance de la Justice.

Sont évidemment et à l’heure actuelle ainsi visées la Pologne et la Hongrie, par ailleurs deux composants précieux de l’identité, de la culture et de l’histoire européennes. Il faut espérer que, placés devant les conséquences de leur politique nationaliste et réactionnaire, soit leurs Gouvernements y renoncent soit seront désavoués par leurs peuples et remplacés par des dirigeants fidèles aux engagements de leur pays. Si tel n’était par malheur pas le cas et s’ils ne se résolvaient pas à prendre le pas pris par le Royaume Uni, il faudrait envisager d’autres mesures pour les mener soit à quitter l’Union soit d’y être forcés

Pour un ancien fédéraliste européen tout cela est fort décevant mais, tant qu’il y a de la vie… !

Jean Hamilius, le 9 octobre 2020

*) Que l’on pardonne ce recours à la célèbre conclusion des discours de Caton le Vieux. Je n’ai pas trouvé de meilleur titre pour ce texte qui reflète mon désarroi devant l’apparente incapacité de notre vieux continent d’agir efficacement à son extérieur. Pour dire aussi mon espoir que l’on retrouve l’esprit des fondateurs des Institutions européennes, l’esprit du Traité de Rome.

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