4.29 Notre droit de véto dans l’Union Européenne

Les élections européennes qui auront lieu dans quelques semaines n’ont, jusqu’à présent, guère provoqué de débats chez nous. Cela vient de changer.   Charles Goerens, tête de liste des candidats DP pour ces élections, vient d’affirmer que le droit de véto par lequel un seul pays-membre peut bloquer toute décision de l’UE, doit être aboli: stupéfaction!

En effet, ce droit de véto, n’a-t ‘il pas permis de développer et ensuite de protéger notre place financière ? Son maintien ne figure-t ‘il pas au programme gouvernemental ? Quelle mouche a donc piqué Charles Goerens, homme pourtant pondéré, raisonnable ? Mais:

Charles Goerens a raison.

Dans le monde d’aujourd’hui deux camps s’affrontent. Sommairement, ce sont, d’une part, les États autoritaires, liberticides, nationalistes et, de l’autre, les démocraties parlementaires, respectueuses des Droits de l’Homme.

Si la Russie gagne en Ukraine, ce qui est devenu possible, le danger d’une déflagration générale est réel. Pour l’éviter et pour sauver l’Ukraine, il faut que l’Europe non seulement apparaisse forte et unie, mais qu’elle le soit réellement.

Si notre pays entend garder un droit de véto en UE, d’autres seront encouragés à exiger une protection similaire de leurs intérêts: c’est inviter la cacophonie là où il faudrait de l’unité.

En plus, pourquoi le Luxembourg continuerait-il à exiger un droit de véto en matière fiscale ? Un intérêt vital luxembourgeois serait-il en cause ? Notre législation fiscale est pourtant conforme au Droit européen. Nous le prétendons haut et fort. Et là ou tel ne serait pas encore le cas, nous avons promis de le faire.

Alors quoi ?

Nous n’avons plus besoin d’un droit de véto, à moins que nous soyons toujours, en cachette, un paradis fiscal. Or le succès et la persistance de notre place sont maintenant dus à son expertise, à la qualité de ses services, à l’efficience de sa supervision, la confiance qu’inspire la stabilité du pays.

Vouloir garder notre droit de véto en matière fiscale, ne serait-ce pas admettre, à tort, que l’on est toujours en infraction de la réglementation européenne ?

Au début de cette semaine, l’éditorial du “Luxemburger Wort”, évoquant cette exigence conservatrice, portait le titre significatif “Nationalismus vor Vernunft”.

On ne saurait dire mieux !

Face aux dangers qui se pointent, en Ukraine notamment, l’Union Européenne doit aspirer à devenir une puissance mondiale, parlant d’une seule voix, dirigée par un Gouvernement responsable devant un Parlement européen, ayant une politique étrangère cohérente, disposant d’une force armée unique sous commandement européen: exigences incompatibles avec une Europe dans laquelle, en de nombreux domaines, la moindre décision peut être annulée par un seul pays-membre.

Une “Europe des Nations”, où les souverainetés nationales l’emportent sur celle de leur “Union”, ne pourrait que confirmer que  l’Allemagne et la France ne sont plus que des puissances régionales, subissant avec les autres pays-membres de l’UE la volonté des “Grands”.

Cela fait penser au projet d’une Europe à deux vitesses (voir l’article précédent): on n’est pas encore sorti de l’auberge, mais il y va de notre sécurité, de notre liberté. Conclusion:

Macron a raison: sans réforme, l’Union Européenne risque effectivement de se trouver en grand danger !

Reste une interrogation: si telle est la situation, comment se fait-il que la défense de notre droit de véto se trouve au programme gouvernemental ?

Membre fidèle du DP, le soussigné ne peut que supposer que cela se fit dans une ambiance dominée par des considérations sociales et financières nationales, dans un autre contexte donc, qu’il s’agit d’un “comme d’habitude” non réfléchi, d’un anachronisme.

Jean Hamilius

04.05.2024

PS: Depuis sa publication, ce texte a été très légèrement corrigé en quelques endroits sans toucher cependant au sens de son contenu.

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