« Risk management » et endettement public au Luxembourg

Au courant de la semaine du 24 octobre 2016, le « Luxemburger Wort » a publié deux articles qui se complètent à merveille. Tout d’abord un texte de Goebbels au sujet du danger, faible mais réel, d’une crise économique grave et durable frappant notre pays, ensuite une étude d’André Bauler et de Patrice Pieretti au sujet de la nature d’un endettement public.

Ci-après il est essayé d’examiner la problématique ainsi évoquée en se limitant au cas spécifique de notre pays.

Quel est le modèle luxembourgeois, son « business plan » et quel en est le risque le plus grave qu’il puisse devoir, seul, affronter, son « Gau », son « grösster anzunehmender Unfall » ?

Petit pays, devant importer le plus clair des ses besoins, la fourniture de services financiers a remplacé chez nous la sidérurgie comme principal moteur de l’économie. Or, pour une place financière, rien n’est plus important que la solidité de son environnement, sa bonne réputation, la confiance de ses clients.

C’est ici qu’intervient la signification de notre dette publique.

Un grand pays, disposant de la souveraineté monétaire, peut fonctionner dans la durée tout en recourant à l’emprunt pour combler le déficit de ses dépenses. Avant l’avènement de l’Euro, la France et l’Italie en ont été des exemples. Grâce à l’inflation endémique causée par leur politique financière, l’accroissement numérique de leur dette publique s’est trouvé régulièrement compensé, du moins en partie, par l’érosion de la valeur de la monnaie nationale. Qu’une telle politique ne constitue pas une panacée, le succès économique de l’Allemagne, poursuivant une politique contraire, l’a démontré.

Depuis lors et pour les pays membres de la zone euro, la donne a complètement changé. Il reste que maint esprits, surtout aux deux extrémités de l’éventail politique, regrettent la perte de la souveraineté monétaire nationale, espèrent pouvoir renouer un jour avec le jeu des dévaluations agressives, rechignent à se plier à la discipline imposée par une monnaie commune

Mais revenons à notre pays.

La situation du Luxembourg s’apparente à celle d’une grande société commerciale dont le succès est basé sur une gamme réduite de produits. Tout en essayant de diversifier sa production afin de réduire cette dépendance, une telle société veillera à la qualité et à la bonne réputation de ses produits phares et évitera tout acte pouvant leur apporter atteinte. Il ne lui viendra pas à l’idée, en cas d’une diminution grave de sa rentabilité, de continuer à distribuer de plantureux dividendes si, à court d’argent, il lui faut emprunter pour ce faire

Le risque majeur que court une elle société c’est que la réputations de ses produits soit mise en brèche. Le risque majeur de notre pays c’est qu’un accroc majeur, dont la cause peut se trouver à l’étranger, entame profondément la réputation de notre place financière, fasse diminuer les recettes fiscales et obligeant l’Etat non seulement à accroître son recours à l’emprunt mais aussi à augmenter la pression fiscale, à procéder à des coupes budgétaires douloureuses risquant de de provoquer des remous sociaux.

Une telle évolution ne serait évidemment guère propice à la confiance accordée au pays, aggravant ainsi le problème. On se trouverait alors au début d’une spirale fatale menant à la perte de la notation AAA, de ce fait à une augmentation du taux d’intérêt à payer pour le renouvellement et l’augmentation de la dette publique, renforçant de nouveau les craintes menaçant la place financière.

Il s’agit-là d’un scénario noir, d’un « Gau » heureusement peu probable, mais pas impossible. On hésite à l’évoquer ouvertement, à en discuter. L’occulter, l’ignorer délibérément, serait cependant irresponsable.

Aux responsables à décider dès lors s’il suffit de maintenir le niveau de notre endettement public à un pourcentage stable du PIB, jugé modéré, ou s’il faut en maintenir, voire diminuer la valeur absolue. Aux responsables aussi de s’interroger sur la nécessité individuelle des investissements lui proposés. Leur contribution au développement de nos infrastructures l’emporte-elle sur la contribution de leur financement à la dette publique, à la vulnérabilité systémique du pays?

La réponse à l’interrogation ainsi soulevée n’est pas évidente. Il s’agit de choix, de jugements, d’appréciations subjectives, essentiellement politiques. Le soussigné avoue à ce sujet son penchant conservateur, peut-être du à son âge. Le projet de budget pour 2017, qui tend à maintenir le niveau de la dette publique à un niveau stable du PIB, est à cet égard indicateur de la position gouvernementale.

Dans ce contexte il est difficile de comprendre l’exigence d’aucuns, qu’en cas de ralentissement économique le Gouvernement recoure à l’emprunt pour soutenir la consommation intérieure. Il s’agirait-là d’une mesure conduisant à soutenir surtout l’importation de produits de consommation, souvent de luxe, de vacances coûteuses à l’étranger aussi. Nous soutiendrions alors l’économie d’autres pays tout en augmentant notre endettement, notre vulnérabilité potentielle : charité mal placée!

JH, en octobre 2016

 

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